{"id":31211,"date":"2025-04-11T11:00:00","date_gmt":"2025-04-11T09:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/vereinwelle.ch\/?p=31211"},"modified":"2025-04-11T00:07:22","modified_gmt":"2025-04-10T22:07:22","slug":"partie-i-lorsque-jai-appris-ma-condamnation-a-mort","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vereinwelle.ch\/fr\/part-i-when-i-heard-about-my-death-sentence\/","title":{"rendered":"Partie I - \"Quand j'ai appris ma condamnation \u00e0 mort\"."},"content":{"rendered":"<p><em>Une lettre de prison de <a href=\"https:\/\/vereinwelle.ch\/de\/appell-die-hinrichtung-von-sharifeh-mohammadi-zu-verhindern\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/vereinwelle.ch\/de\/appell-die-hinrichtung-von-sharifeh-mohammadi-zu-verhindern\/\">Sharifeh Mohammadi<\/a>Une femme iranienne condamn\u00e9e \u00e0 mort pour son activisme<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><strong>Avec amour pour la vie et en souvenir de tous ceux qui ont ch\u00e9ri et ch\u00e9rissent encore les valeurs et la dignit\u00e9 humaines.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le printemps, l'arm\u00e9e verte de la beaut\u00e9 et de la gr\u00e2ce, arrive \u00e0 nouveau. Et vous, plein de vitalit\u00e9 et de joie, vous l'accueillez \u00e0 bras ouverts. Vous dansez avec lui, rejetant tout ce qui est sombre, laid et impur. Tel est, \u00e0 mes yeux, le v\u00e9ritable sens de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mes tr\u00e8s chers amis,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Plus de 15 mois se sont \u00e9coul\u00e9s depuis ce jour d'automne ordinaire - le 5 d\u00e9cembre 2023 - o\u00f9 j'ai \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e dans la rue, dans une voiture, alors que je rentrais chez moi comme n'importe quel autre jour. J'ai toujours pens\u00e9 que je ne pourrais pas supporter la distance qui me s\u00e9pare de mon fils bien-aim\u00e9, Aydin. Mais aujourd'hui, je me rends compte, comme beaucoup d'autres m\u00e8res, que non seulement j'ai support\u00e9 la s\u00e9paration, mais aussi la douleur et la souffrance qui m'ont \u00e9t\u00e9 injustement impos\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces afflictions sont n\u00e9es de faux rapports et d'accusations sans fondement - des mensonges destin\u00e9s \u00e0 me priver non seulement de ma libert\u00e9, mais de la vie elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois, lorsque je repense \u00e0 ce qui s'est pass\u00e9 au cours de ces interminables heures et jours d'interrogatoire, je suis frapp\u00e9 d'incr\u00e9dulit\u00e9. Comment des individus - ceux qui se disent experts d'un grand minist\u00e8re - ont-ils pu \u00eatre aussi superficiels, aussi irrationnels dans leur jugement ? Malgr\u00e9 des preuves solides qui contredisaient leurs affirmations, ils se sont ent\u00eat\u00e9s \u00e0 poursuivre des accusations injustes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Rasht, les interrogatoires ont \u00e9t\u00e9 innombrables, longs, r\u00e9p\u00e9titifs et \u00e9puisants. Dans une petite cellule sans fen\u00eatre et sans air d'\u00e0 peine deux m\u00e8tres de c\u00f4t\u00e9. Chaque minute passait comme une heure. C'\u00e9tait de la pure torture mentale.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils voulaient me forcer \u00e0 confesser quelque chose que je n'avais jamais fait, \u00e0 accepter des liens et des actions que je ne connaissais pas du tout.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l'\u00e9poque, le temps n'avait pas de sens. Il n'y avait qu'un jour apr\u00e8s l'autre. Je m'imaginais avec toi \u00e0 chaque occasion. La nuit de Yalda - la nuit la plus longue de l'ann\u00e9e - j'\u00e9tais assise seule dans l'isolement, pleurant devant une petite assiette de snacks que mes compagnons de cellule m'avaient envoy\u00e9e. Je me souviens de la douceur du dessert \u00e0 la citrouille qui se m\u00e9langeait \u00e0 mes larmes. C'\u00e9tait ma Yalda, sans Aydin.<\/p>\n\n\n\n<p>En isolement \u00e0 Rasht, j'avais l'habitude de chanter \"Bahare Delneshin\" (Le beau printemps) \u00e0 haute voix, en imaginant Aydin en train de pratiquer la musique. Dans mon esprit, je me tenais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, regardant ses doigts bouger au rythme de l'espoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Je craignais qu'en mon absence, \u00e0 l'occasion de l'anniversaire de la mort de ta grand-tante, Grand-m\u00e8re Fathi ne reste seule et en deuil. Mais Aydin et Siros, malgr\u00e9 les circonstances, ne l'ont pas laiss\u00e9e seule. Je suis fi\u00e8re de vous pour cela.<\/p>\n\n\n\n<p>Jour apr\u00e8s jour, je me suis accroch\u00e9e \u00e0 l'espoir d'\u00eatre lib\u00e9r\u00e9e et de rentrer chez moi. Je m'accrochais \u00e0 l'espoir d'\u00eatre lib\u00e9r\u00e9e et de rentrer chez moi. Mais une nuit, \u00e0 mon grand d\u00e9sarroi, je me suis retrouv\u00e9e dans une voiture avec trois gardes masculins, sur les routes sombres en direction de Bijar.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le 4 janvier.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Aucun mot n'a \u00e9t\u00e9 \u00e9chang\u00e9, sauf lorsque j'ai demand\u00e9 des pauses pour cause de douleurs dorsales ou pour le d\u00e9jeuner.<\/p>\n\n\n\n<p>Siros, tu n'as aucune id\u00e9e de ce que j'ai v\u00e9cu jusqu'\u00e0 ce que je sois finalement remise \u00e0 la prison de Sanandaj. Pour toute femme, quelle que soit sa force, l'obscurit\u00e9 et l'incertitude de ne pas savoir ce qui va suivre est un v\u00e9ritable fardeau pour l'\u00e2me.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Sanandaj, j'ai eu l'impression d'entrer dans un havre de paix, mais il s'agissait toujours d'une prison. Mais c'\u00e9tait toujours la prison, l'isolement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, les interrogatoires reprennent. M\u00eames questions. M\u00eames accusations sans fondement. Toutes destin\u00e9es \u00e0 \u00e9craser mon esprit et \u00e0 me forcer \u00e0 me soumettre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils ne savaient pas que j'\u00e9tais la fille d'un ouvrier. Depuis mon enfance, j'ai vu les mains calleuses de mon p\u00e8re, qui a utilis\u00e9 une masse pour tailler la pierre toute sa vie. Il a travaill\u00e9 sans b\u00e9n\u00e9ficier un seul jour de la s\u00e9curit\u00e9 sociale. Pas de pension, pas de filet de s\u00e9curit\u00e9. Seulement l'espoir que ses enfants puissent un jour vivre mieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous a racont\u00e9 des histoires de sculpture sur les murs des palais de Shemiran, construisant des maisons pour les riches, alors qu'il vivait dans la pauvret\u00e9, ne gagnant que de la poussi\u00e8re et des cailloux bris\u00e9s - dont certains se logeaient dans ses yeux pendant qu'il travaillait. Le soir, grand-m\u00e8re Sarvar s'asseyait \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s et lui rin\u00e7ait les yeux avec du th\u00e9, le pr\u00e9parant ainsi \u00e0 une nouvelle journ\u00e9e de travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Une vie de travail. Parfois malade. Parfois au ch\u00f4mage. Mais toujours fier. \u00c0 la fin, il est mort dans la dignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Aydin, le fait d'avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 par tes grands-parents - des personnes aussi nobles et r\u00e9sistantes - m'a rendu fort moi aussi. Leur esprit coule en moi, m\u00eame ici, derri\u00e8re les barreaux. Je ne suis pas bris\u00e9. La vie palpite toujours en moi.<\/p>\n\n\n\n<p>J'ai couru pendant l'hiver \u00e0 Sanandaj - seule, en pantoufles, entour\u00e9e de neige - parce que je devais rester forte. Pour vous. Je me tenais sur la pointe des pieds, essayant de voir les montagnes enneig\u00e9es. Un jour, j'ai demand\u00e9 au chauffeur qui m'emmenait aux interrogatoires de quelles montagnes il s'agissait. Il m'a r\u00e9pondu qu'il s'agissait des <strong>Monts Abidar<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>J'ai pens\u00e9 \u00e0 la randonn\u00e9e avec mes camarades et au chant \"Hamrah Sho Aziz\", main dans la main, au sommet.<\/p>\n\n\n\n<p>J'ai recommenc\u00e9 \u00e0 r\u00eaver, cette fois pour ton anniversaire. Le 14 f\u00e9vrier 2024. Mais le jour est pass\u00e9, et j'\u00e9tais toujours loin de toi. J'ai seulement r\u00e9ussi \u00e0 entendre ta voix.<\/p>\n\n\n\n<p>Joyeux anniversaire, mon petit gar\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n<p>Un bandeau sur les yeux, je les ai ferm\u00e9s et je me suis tourn\u00e9 vers le mur. Nous avons tous les trois souffl\u00e9 ta bougie d'anniversaire ensemble - dans nos esprits. Je sais ce que tu as souhait\u00e9. Et je suis d\u00e9sol\u00e9e de ne pas avoir pu le r\u00e9aliser.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux mois d'isolement \u00e0 Sanandaj se sont \u00e9coul\u00e9s. Juste avant d'\u00eatre transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Rasht, un agent des services de renseignement a plac\u00e9 un miroir devant moi. Je n'avais pas vu mon visage depuis trois mois. Dans ce miroir, j'ai vu un \u00e9tranger.<\/p>\n\n\n\n<p>Il m'a dit que les bleus avaient disparu.<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait raison. Les bleus sur mon visage avaient disparu. Mais quelque chose est rest\u00e9 - au fond de ma poitrine. Une obscurit\u00e9 qui ne s'estompera jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>J'avais perdu 14 kilos. L'un des interrogatoires m'a laiss\u00e9 le c\u00f4t\u00e9 droit du visage enti\u00e8rement meurtri. Selon les gardiens, m\u00eame la direction de la prison avait refus\u00e9 de m'accepter \u00e0 mon arriv\u00e9e. C'est dans cet \u00e9tat qu'ils m'ont livr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, le jour est arriv\u00e9. Un jour froid et enneig\u00e9. Une visite derri\u00e8re la vitre. Je vous ai vus, toi et Siros. Ce moment a tout chang\u00e9. Une bou\u00e9e de sauvetage. Ensuite, j'ai attendu \u00e0 nouveau le tribunal. Et apr\u00e8s cela, l'attente d'un verdict.<\/p>\n\n\n\n<p>Je croyais vraiment que je serais acquitt\u00e9. Je n'avais rien fait pour m\u00e9riter le contraire. Mon seul crime \u00e9tait de vivre. Aimer la vie. Aimer les gens. Lutter pour la dignit\u00e9. Pour les travailleurs. Pour les femmes. Pour les sans-voix.<\/p>\n\n\n\n<p>C'est alors que l'appel est arriv\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p>\"Siros, dis-moi ! Qu'ont-ils d\u00e9cid\u00e9 ? Le verdict est-il tomb\u00e9 ?\"<\/p>\n\n\n\n<p>Il a h\u00e9sit\u00e9. Il s'est \u00e9touff\u00e9. J'ai continu\u00e9 \u00e0 insister.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis il l'a dit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ashad-e-Mojazat.<\/strong><br><strong>Peine maximale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Qu'est-ce que cela signifie ? Qu'est-ce que cela signifie ? Combien de temps ? Pourquoi h\u00e9sitez-vous ?<\/p>\n\n\n\n<p>\"Sharifeh... ils t'ont condamn\u00e9e \u00e0 mort. Pendaison.\"<\/p>\n\n\n\n<p>Quoi ? Quel crime ai-je commis qui justifie une telle sentence ? Comment est-ce possible ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le silence s'abat sur l'ensemble du bloc cellulaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Mes doigts, mes orteils, ils ont commenc\u00e9 \u00e0 geler. Je me suis allong\u00e9 sur le lit. Je me suis souvenu qu'avant la mort de mon grand-p\u00e8re, ses membres \u00e9taient devenus froids. J'avais pens\u00e9 qu'il \u00e9tait simplement frileux. Je l'ai recouvert de couvertures et je lui ai frott\u00e9 les mains.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant, je comprends.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis... j'ai entendu des rires.<\/p>\n\n\n\n<p>Le petit Shayan, le b\u00e9b\u00e9 du service, tirait sur ma couverture en riant. Il venait d'apprendre \u00e0 se tenir debout. Ce petit rire m'a ramen\u00e9e \u00e0 la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>\"L\u00e8ve-toi\", me suis-je dit. \"Prends-le. Aime-le. Il n'a rien fait de mal.\"<\/p>\n\n\n\n<p>Et c'est ce que j'ai fait.<\/p>\n\n\n\n<p>Maria a dit : \"Sharifeh, l\u00e8ve-toi... Shayan t'appelle.\"<\/p>\n\n\n\n<p>Je l'ai port\u00e9 sur mon dos et j'ai commenc\u00e9 \u00e0 chanter. Les m\u00eames chansons que je chantais pour toi quand tu \u00e9tais petit :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\"O peuple, vivons avec bont\u00e9... Que l'unit\u00e9 nous lie au-del\u00e0 de toutes les croyances et de toutes les langues...\"<\/strong>...<\/p>\n\n\n\n<p>(Lire la partie II)<\/p>\n\n\n\n\n\n<p><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A prison letter from Sharifeh Mohammadi, an Iranian woman with Death Sentence for her activism With love for life, and in remembrance of all those who cherished and still cherish human values and dignity. Spring, the green army of beauty and grace, arrives once again. And you\u2014full of vitality and joy\u2014welcome it with open arms. 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