Grâce à vous, nous avons sauvé 3 000 réfugiés de l'exécution jusqu'à présent.

Sauvons des vies ...

Affaire de la place Alikhani : exécutions publiques et nouveaux manifestants en danger immédiat

Abolfazl Sepahi Badjani et Amirhossein Safari Hosseinabadi

Avant l’aube du 28 juillet 2026, Abolfazl Sepahi Badjani et Amirhossein Safari Hosseinabadi ont été exécutés à Ispahan. Leur décès a été confirmé par Mizan, un organe de presse affilié au pouvoir judiciaire iranien, et rapporté par l’Associated Press. Des organisations de défense des droits de l’homme, dont HRANA, indiquent que ces pendaisons ont eu lieu en public sur la place Alikhani. Des vidéos et des témoignages diffusés en ligne semblent montrer un échafaud, un rassemblement près du lieu de l’exécution et des forces de sécurité dispersant la foule, mais Verein Welle n'a pas vérifié de manière indépendante chaque image ou chaque témoignage.

Ces deux hommes étaient accusés dans l’affaire de la place Alikhani, liée aux manifestations qui ont eu lieu à Ispahan le 8 janvier 2026. Leur exécution est intervenue seulement neuf jours après celle d’Erfan Esfandiari et de Gol-Mohammad Mohammadi, deux autres accusés dans la même affaire, exécutés le 19 juillet. Quatre personnes ont ainsi été exécutées en moins de dix jours, alors que de sérieuses questions concernant l'équité des procédures restent sans réponse.

Ce que les autorités reprochent

Selon le communiqué du pouvoir judiciaire, Abolfazl Sepahi Badjani et Amirhossein Safari Hosseinabadi ont été condamnés pour leur implication dans la mort de quatre membres des forces de sécurité. Les médias d'État ont également accusé les prévenus dans cette affaire d'incendie volontaire, de dégradation d'un commissariat de police et de destruction de biens publics. Il s'agit là d'allégations graves, et chaque perte de vie survenue lors des troubles de janvier mérite une enquête impartiale.

Toutefois, une accusation portée par les autorités de l’État n’équivaut pas à un fait établi de manière indépendante. Les audiences du Tribunal révolutionnaire se sont déroulées à huis clos, les jugements n’ont pas été publiés et la nature exacte des actes attribués à chaque accusé reste floue. Ce manque de transparence rend impossible toute évaluation indépendante des éléments de preuve.

Douze condamnations à mort prononcées lors d'une audience à huis clos

Le 27 juillet, des experts des droits de l'homme des Nations unies ont condamné la condamnation à mort de 12 jeunes hommes prononcée lors d'une seule et même audience. Ils ont déclaré que le fait de condamner 12 personnes à mort dans une salle d'audience à huis clos, sans que la responsabilité individuelle de chacune d'entre elles soit clairement établie, constituait une violation des normes reconnues en matière de procès équitable. Dans leur déclaration, ils ont demandé l'annulation des autres condamnations à mort et l'arrêt immédiat des exécutions.

Les experts de l'ONU ont indiqué que ces hommes, pour la plupart âgés de la fin de l'adolescence au début de la vingtaine, auraient été victimes de détentions arbitraires. Certains auraient été victimes de disparitions forcées et de mauvais traitements. Ils ont également fait part de leur inquiétude quant au fait que l'accusation s'appuie sur des aveux diffusés à la télévision, alors que les chefs d'accusation, les éléments de preuve et les jugements n'étaient pas accessibles au public.

Cette déclaration a été publiée avant les exécutions d’Abolfazl Sepahi Badjani et d’Amirhossein Safari Hosseinabadi. Le fait que ces pendaisons aient eu lieu immédiatement après l’avertissement de l’ONU rend la situation encore plus urgente pour les autres accusés.

Aveux obtenus sous la contrainte et accès restreint à un avocat

Les experts de l’ONU ont souligné que les aveux obtenus sous la contrainte ne devaient en aucun cas être admis comme éléments de preuve et que la diffusion d’aveux avant le procès constituait une violation de la présomption d’innocence. Ils ont mis en avant le cas de Shervin Bagherian Jebeli, qui venait d’avoir 18 ans peu avant son arrestation. La télévision d’État a diffusé une vidéo dans laquelle il avouait avoir commis des actes de violence, moins d’une semaine après son arrestation et avant tout procès. Les experts ont indiqué qu’il semblait ne pas comprendre la portée de l’accusation passible de la peine capitale qui pesait contre lui, ce qui soulève des inquiétudes quant à savoir s’il a eu accès à un avocat de son choix.

Iran Human Rights et HRANA ont fait état d’autres problèmes de procédure dans l’affaire de la place Alikhani. Il s’agit notamment de procédures très brèves, de procès menés par téléphone ou par vidéoconférence depuis la prison, d’un accès insuffisant au dossier, du refus de communiquer aux familles des copies ou des détails des jugements, et du fait que les tribunaux auraient ignoré les éléments de preuve présentés par la défense. Iran Human Rights a également cité des sources faisant état de tortures et de pressions exercées pour obtenir des aveux. Il s’agit là de rapports et d’allégations relatifs aux droits de l’homme ; les autorités devraient autoriser la conduite d’une enquête indépendante plutôt que de laisser ces allégations sans réponse.

Erfan Esfandiari et Gol-Mohammad Mohammadi

exécuté dans le cadre de l'affaire de la place Alikhani à Ispahan

L'organisation Iran Human Rights a rapporté qu'Erfan Esfandiari, qui aurait eu 18 ans, et Gol-Mohammad Mohammadi, un ressortissant afghan âgé de 23 ans, ont été exécutés à la prison centrale d'Ispahan le 19 juillet. L'organisation a précisé qu'elle n'avait pas été en mesure de confirmer de manière indépendante l'âge exact d'Erfan au moment des faits qui lui sont reprochés. Elle a également cité une source affirmant que leur première audience avait duré environ dix minutes et qu'Erfan avait déclaré au juge avoir été torturé.

Cette affaire montre pourquoi il est important d'utiliser un langage précis. Les exécutions sont confirmées. Les allégations de torture, de contrainte et de vices de procédure nécessitent l'ouverture d'une enquête indépendante. Elles ne doivent pas être présentées comme des faits judiciairement établis, mais elles ne peuvent pas non plus être écartées d'emblée, alors que la peine de mort ne laisse aucune possibilité de corriger une erreur.

D'autres prévenus courent toujours un risque imminent

Après les quatre exécutions de juillet, au moins huit membres du groupe de douze personnes décrit par les experts de l’ONU semblent toujours sous le coup d’une condamnation à mort. Des organisations de défense des droits de l’homme indiquent que le nombre total de personnes concernées pourrait être plus élevé : selon HRANA, 15 prévenus avaient initialement été condamnés à mort, une condamnation a été annulée et 14 ont été confirmées. Iran Human Rights a par ailleurs signalé que plus de 70 manifestants de janvier se trouvaient dans le couloir de la mort à la prison centrale d’Ispahan, y compris des personnes liées à d’autres affaires.

Ces divergences dans les chiffres ne sont pas un détail mineur. Elles reflètent le caractère à huis clos des audiences, la non-publication des jugements et l’accès restreint à des informations fiables sur les affaires. L’ONU et les institutions internationales concernées devraient se procurer de toute urgence une liste vérifiée de tous les accusés, précisant leur lieu de détention, leur statut juridique, leur âge au moment des faits qui leur sont reprochés, leur accès à un avocat et toute date d’exécution prévue.

Le droit à la vie implique un procès équitable et individuel

Le droit international relatif aux droits de l’homme protège le droit à la vie et exige des garanties strictes d’un procès équitable dans toute affaire passible de la peine capitale. Même lorsque les chefs d’accusation portent sur un homicide volontaire, une condamnation à mort ne peut être considérée comme légale à l’issue d’une procédure fondée sur la responsabilité collective, un rôle individuel mal défini, des preuves obtenues sous la contrainte ou le déni d’une représentation juridique effective. Si un accusé était âgé de moins de 18 ans au moment des faits qui lui sont reprochés, l’exécution est absolument interdite.

Une exécution publique ajoute une source supplémentaire d’inquiétude. Elle expose les familles et la communauté dans son ensemble à un acte délibérément visible de châtiment irréversible. Elle ne peut répondre aux questions légitimes concernant les preuves, la responsabilité ou le respect des garanties procédurales. La justice exige la vérité, la responsabilité individuelle et une procédure judiciaire fiable, et non des procédures collectives qui laissent de côté des faits essentiels.

Le rôle de Welle et les mesures à prendre dès maintenant

L'association Welle recense les cas urgents, vérifie les informations auprès de sources indépendantes, distingue clairement les déclarations officielles des allégations relatives aux droits de l'homme, et attire l'attention de la société civile suisse et des instances internationales sur le sort des prisonniers menacés. Notre travail est indépendant et apolitique. Il est axé sur la dignité humaine, le droit à la vie, le droit à un procès équitable et la protection contre la torture et les mauvais traitements.

Welle appelle le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme en Iran, les autres procédures spéciales pertinentes des Nations unies et la Mission d’enquête internationale indépendante des Nations unies à agir de toute urgence. Ils devraient chercher à obtenir immédiatement confirmation du sort des accusés restants, exiger qu’ils puissent avoir accès à un avocat et à leur famille, enquêter sur les allégations de torture et d’aveux obtenus sous la contrainte, et faire pression pour que toutes les condamnations à mort restantes dans l’affaire de la place Alikhani soient annulées.

Les institutions internationales concernées devraient également réclamer un moratoire sur les exécutions ainsi que la tenue de nouveaux procès indépendants, conformes aux normes internationales. Quatre hommes ont déjà été exécutés dans cette affaire. Pour ceux qui restent, il n’est pas possible d’attendre une nouvelle annonce à l’aube. L’attention internationale doit désormais se traduire par une protection vérifiable, un accès à la justice et l’arrêt immédiat de toute nouvelle exécution.

Sources et note de la rédaction

Cet article fait la distinction entre les déclarations officielles, d'une part, et les allégations ainsi que les rapports des organisations de défense des droits de l'homme, d'autre part. L'accès indépendant aux prisons et aux dossiers judiciaires étant limité, certains détails n'ont pas pu être vérifiés de manière indépendante par l'association Welle.

Source : Associated Press, “ L'Iran a pendu deux hommes reconnus coupables d'avoir tué quatre policiers lors des manifestations de janvier ” (28 juillet 2026)

Source : Bureau des droits de l'homme des Nations unies, “ Des experts de l'ONU exhortent l'Iran à annuler les condamnations à mort de 12 manifestants… ” (27 juillet 2026)

Source : Iran Human Rights, rapport sur Erfan Esfandiari et Gol-Mohammad Mohammadi (19 juillet 2026)

Source : Iran Human Rights, “ Plus de 70 manifestants de janvier attendent la potence à la prison d'Ispahan ” (22 juillet 2026)

Source : HRANA, “ Ispahan : Abolfazl Sepahi et Amirhossein Safari ont été exécutés en public ” (28 juillet 2026)

Des détenus assis dans un couloir lors du Ghezel dont il est question
1 500 condamnés à mort entament une grève de la faim massive à Ghezel Hesar
Au moins 1 500 condamnés à mort détenus à Ghezel Hesar auraient entamé une grève de la faim dans le cadre d'une manifestation de masse contre les exécutions. Alors que leur état de santé se détériore, leurs revendications en matière de soins médicaux, de procès équitables et de protection nécessitent une attention internationale urgente.
12 jeunes détenus menacés d'exécution imminente
Urgent : 12 jeunes détenus risquent d'être exécutés d'ici peu à Ispahan
ONU : droits de l'homme en Iran
L'ONU tire la sonnette d'alarme, l'Iran prépare les potences

Actualités connexes

Votre soutien nous permet de défendre les droits des femmes et des minorités.